Pourquoi Ebola persiste ? ( Tribune de Mireille LUSIENSE ZENA, Chercheure et experte en communication pour la santé)

La République Démocratique du Congo est de nouveau confrontée à une épidémie d’Ebola. Déclarée le 15 mai 2026, cette 17ᵉ flambée épidémique s’est rapidement imposée comme l’une des plus graves de l’histoire du pays. Au 25 juillet 2026, plus de 3 200 cas confirmés et 1 405 décès avaient été enregistrés. Initialement concentrée en Ituri, l’épidémie s’est propagée à plusieurs provinces, notamment le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, le Sud-Kivu et la Tshopo, où des cas ont été signalés. Cette progression rapide témoigne de l’ampleur du défi auquel est confronté le système de santé congolais.

Face à une telle situation, une question s’impose : pourquoi Ebola continue-t-il de se propager alors que les connaissances scientifiques, les capacités de diagnostic, les moyens de surveillance et les ressources mobilisées n’ont jamais été aussi importants ?

La réponse ne peut être uniquement médicale

Depuis plusieurs années, la communauté scientifique a réalisé des progrès considérables. Les capacités de diagnostic se sont améliorées, les équipes de riposte sont mieux formées, les mécanismes de surveillance sont renforcés et la coopération internationale est plus rapide qu’auparavant. Pourtant, le virus continue de circuler.

Cette contradiction nous oblige à regarder au-delà de la médecine.

Une épidémie n’est jamais seulement un phénomène biologique. Elle est aussi un phénomène humain, social, culturel et communicationnel.

Dans plusieurs zones touchées, les populations vivent dans des contextes marqués par l’insécurité, les déplacements, la pauvreté et un accès limité aux services de santé. Ces réalités compliquent la détection précoce des cas, le suivi des contacts et l’application des mesures de prévention. Mais elles n’expliquent pas tout.

Le véritable défi est celui de la confiance

Lorsque les communautés ne comprennent pas les décisions prises, lorsqu’elles ont le sentiment que leurs préoccupations ne sont pas entendues ou lorsqu’elles doutent des institutions, elles peuvent hésiter à collaborer avec les équipes de riposte. Certaines familles retardent la consultation, d’autres cachent des malades ou refusent certaines mesures sanitaires. Ces comportements ne traduisent pas nécessairement un rejet de la science. Ils révèlent souvent une rupture du dialogue entre les institutions et les populations.

À cette défiance s’ajoute la circulation rapide des rumeurs et de la désinformation. En période de crise, les fausses informations voyagent parfois plus vite que les informations scientifiques. Elles entretiennent la peur, alimentent les incompréhensions et affaiblissent l’adhésion aux interventions sanitaires.

C’est ici que la communication révèle toute son importance

Pendant longtemps, elle a été considérée comme un simple outil chargé de diffuser des messages de prévention. Cette vision est aujourd’hui dépassée. La communication est une fonction stratégique de la santé publique. Elle permet d’écouter les communautés, de comprendre leurs préoccupations, de répondre aux rumeurs, d’expliquer les décisions, de mobiliser les leaders locaux et de construire la confiance indispensable à toute riposte efficace.

Une campagne de communication ne devrait donc pas être évaluée uniquement au nombre d’affiches produites, de spots diffusés ou de publications partagées sur les réseaux sociaux. Son véritable succès se mesure à la confiance qu’elle inspire, au dialogue qu’elle instaure et aux comportements qu’elle favorise.

La 17ᵉ épidémie d’Ebola nous rappelle une leçon essentielle : les ressources financières, les équipements médicaux et les innovations scientifiques sont indispensables, mais ils ne suffisent pas. Tant que les communautés ne seront pas pleinement associées à la riposte, tant que leurs réalités sociales et culturelles ne seront pas intégrées dans les stratégies d’intervention, le contrôle durable de l’épidémie restera difficile.

Il est temps de repenser notre manière de lutter contre Ebola. La médecine doit continuer à sauver des vies. Mais elle ne peut agir seule. Elle doit s’appuyer sur une communication qui écoute avant de convaincre, qui dialogue avant de prescrire et qui construit la confiance avant d’attendre l’adhésion.

Car la véritable victoire contre Ebola ne dépend pas seulement de ce que la médecine est capable de faire. Elle dépend aussi de ce que les populations sont prêtes à croire, à comprendre et à construire avec les acteurs de la santé.

Mireille LUSIENSE ZENA
Chercheure et experte en communication pour la santé
Experte en communication stratégique, changement social et comportemental

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